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    Frontalier Tessin-Italie : tout sur le nouvel accord 2024 (régime 80/20)

    Équipe CV-Swiss• Experts du marché suisse
    4 mai 2026
    15 min de lecture
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    Frontalier Tessin-Italie : tout sur le nouvel accord 2024 (régime 80/20)

    Le 17 juillet 2023, après plus de dix ans de négociations, l'Italie et la Suisse ont signé un nouvel accord fiscal sur les frontaliers, ratifié et entré en vigueur le 1er janvier 2024. Cet accord remplace celui de 1974 et bouleverse l'imposition des frontaliers italiens travaillant au Tessin, dans les Grisons et en Valais. Il introduit le régime 80/20 (imposition partagée entre la Suisse et l'Italie pour les nouveaux frontaliers), une distinction stricte entre anciens et nouveaux frontaliers, et de nouvelles obligations déclaratives. Cet article détaille la mécanique, les calculs et les démarches concrètes — sources officielles : Convention italo-suisse du 23 décembre 2020, accord du 17 juillet 2023, circulaire AFC 45/2024.

    Avant l'accord 2024 : l'ancien régime de 1974

    L'accord de 1974, en vigueur jusqu'à fin 2023, prévoyait une imposition exclusive en Suisse pour le frontalier italien : impôt à la source perçu par le canton de travail (Tessin, Grisons ou Valais), aucune imposition en Italie sur le revenu suisse. La Suisse rétrocédait en échange 38,8 % de l'impôt à la source aux communes italiennes frontalières via une enveloppe annuelle (environ 89 millions CHF en 2022).

    Ce régime était fiscalement très favorable au frontalier italien : à brut équivalent, il encaissait 15 à 20 % de plus en net qu'un résident italien employé en Italie, sans aucune fiscalité italienne sur le salaire suisse. Cela a alimenté un flux structurel : 78 000 frontaliers italiens en Suisse fin 2023 selon l'OFS, soit 24 % du total des frontaliers.

    Mais le système était jugé déséquilibré par Rome : la Suisse percevait 100 % de l'impôt initial, l'Italie ne récupérait qu'une compensation forfaitaire qui ne reflétait plus la réalité économique. La renégociation visait à rétablir un partage plus équitable et à réduire l'écart de net entre frontaliers et résidents italiens, source de tensions sociales en Lombardie et en Vénétie.

    Le nouvel accord : régime 80/20 pour les nouveaux frontaliers

    Depuis le 1er janvier 2024, les nouveaux frontaliers (premier emploi en Suisse postérieur au 17 juillet 2023, ou retour sur le marché suisse après plus de 6 mois d'interruption) relèvent du régime 80/20 : la Suisse perçoit l'impôt à la source uniquement sur 80 % du revenu, et l'Italie impose le revenu à 100 % via l'IRPEF, avec un crédit d'impôt suisse pour éviter la double imposition.

    En pratique, le canton de travail (Tessin par exemple) prélève à la source un impôt calculé sur 80 % du brut. Le reste (20 %) n'est pas imposé en Suisse et entre dans la base imposable italienne sans correction. Le frontalier dépose ensuite sa déclaration en Italie (modèle Redditi PF), incluant 100 % du revenu suisse, calcule son IRPEF, et déduit le crédit d'impôt correspondant à l'impôt suisse réellement payé sur les 80 %.

    Le calcul net final dépend du barème IRPEF italien (progressif de 23 % à 43 %), de la commune de résidence (addizionale comunale et regionale), et du barème d'impôt à la source du canton suisse. À 95 000 CHF brut, l'effet combiné aboutit à un net 6 à 8 % inférieur à l'ancien régime — soit environ 5 500 CHF de moins par an.

    • Date pivot : 17 juillet 2023 (signature accord)
    • Entrée en vigueur : 1er janvier 2024
    • Cantons concernés : Tessin, Grisons, Valais
    • Régime nouveau frontalier : 80/20 (CH/IT partage)
    • Imposition Italie : IRPEF sur 100 % avec crédit impôt CH

    Anciens frontaliers : maintien de l'ancien régime

    Les anciens frontaliers — c'est-à-dire ceux ayant travaillé en Suisse comme frontaliers entre le 31 décembre 2018 et le 17 juillet 2023, et continuant en poste sans interruption supérieure à 6 mois — conservent l'ancien régime de 1974. Pas d'IRPEF italien sur le revenu suisse, impôt à la source plein perçu par le canton, et compensation aux communes italiennes via le fonds de rétrocession.

    Cette clause de protection vise à éviter une rupture brutale pour les 80 000 frontaliers italiens déjà installés. Elle s'applique à vie tant que la continuité d'emploi en Suisse est maintenue. Une interruption supérieure à 6 mois (chômage long, congé sabbatique, mission hors-Suisse) fait basculer le frontalier dans le nouveau régime à la reprise.

    Attention : changer d'employeur en Suisse ne fait pas perdre le statut d'ancien frontalier, à condition que le nouveau contrat débute moins de 6 mois après la fin du précédent. La continuité d'emploi est mesurée globalement, pas par contrat. Garder les justificatifs (contrats, attestations Pôle emploi suisse, fiches de salaire) est essentiel pour prouver le statut auprès de l'AFC et de l'Agenzia delle Entrate.

    • Ancien frontalier = en poste CH entre 31/12/2018 et 17/07/2023
    • Continuité d'emploi : interruption max 6 mois
    • Pas d'IRPEF italien sur revenu suisse (régime 1974)
    • Changement employeur OK si gap < 6 mois
    • Justificatifs à conserver : contrats + paies + attestations
    💡

    Si vous êtes ancien frontalier et envisagez une rupture conventionnelle ou un congé sans solde supérieur à 6 mois, calculez le coût fiscal du basculement avant de signer : 5 000 à 8 000 CHF de net en moins par an, c'est rarement compensé par le projet personnel à court terme.

    Calcul concret du nouveau régime : exemple à 95 000 CHF brut

    Prenons un nouveau frontalier célibataire sans enfant, résidant à Côme (Lombardie), travaillant à Lugano à 95 000 CHF brut annuel (13 versements compris). Voici la mécanique pas à pas.

    Étape 1 — Cotisations sociales suisses : AVS/AI/APG 5,3 %, AC 1,1 %, LPP ~7 %, LAA non pro 0,8 %. Total ~14,2 %, soit 13 490 CHF. Net après cotisations : 81 510 CHF.

    Étape 2 — Impôt à la source tessinois sur 80 % du brut : assiette = 76 000 CHF (95 000 × 80 %). Barème IS Tessin célibataire 2025 : ~7,2 % moyen sur cette tranche, soit 5 470 CHF d'impôt à la source. Net après IS suisse : 81 510 − 5 470 = 76 040 CHF (équivalent ~80 040 EUR au taux 0,95).

    Étape 3 — Déclaration italienne : revenu suisse à déclarer = 100 % du brut converti. À 0,95 EUR/CHF, base imposable = 90 250 EUR. Franchise prévue par l'accord : 10 000 EUR. Base imposable après franchise = 80 250 EUR. IRPEF progressif 2025 : 23 % jusqu'à 28k, 35 % de 28k à 50k, 43 % au-delà. Calcul = 6 440 + 7 700 + 12 980 = 27 120 EUR d'IRPEF brut. Crédit d'impôt suisse = 5 470 CHF × 0,95 = 5 197 EUR. IRPEF net dû = 27 120 − 5 197 = 21 923 EUR. Plus addizionale comunale/regionale Lombardie ~2,03 % = 1 600 EUR. Total impôt italien = 23 523 EUR.

    Étape 4 — Net final : 80 040 EUR − 23 523 EUR = 56 517 EUR, soit environ 59 500 CHF. Comparaison avec ancien frontalier au même brut : ~80 500 CHF net. L'écart est de 21 000 CHF, beaucoup plus important que les estimations approximatives à 6-8 %, parce que le frontalier célibataire italien sans charges familiales paie l'IRPEF plein. Pour un couple avec enfants, le quotient familial italien atténue fortement (différentiel ramené à 8-12 %).

    • Brut annuel : 95 000 CHF
    • Cotisations sociales CH : -13 490 CHF
    • Impôt à la source Tessin (sur 80 %) : -5 470 CHF
    • IRPEF italien net (avec crédit IS) : ~-23 523 EUR
    • Net célibataire nouveau frontalier : ~59 500 CHF
    💡

    Le calcul varie fortement selon la situation familiale. Un frontalier marié avec deux enfants encaisse souvent 15 à 20 % de plus en net qu'un célibataire à brut égal, grâce aux déductions IRPEF italiennes (carichi di famiglia, detrazioni per figli). Faire une simulation auprès d'un commercialista italien transfrontalier est indispensable avant signature.

    Démarches pratiques côté Suisse (Tessin)

    Le permis G frontalier est délivré par le canton de travail (Tessin pour Lugano, Locarno, Bellinzona, Mendrisio, Chiasso). Demande à effectuer par l'employeur via le portail eMigOI ou le formulaire papier auprès de l'Ufficio della migrazione di Bellinzona, dans les 14 jours suivant l'embauche. Permis G : valable 5 ans, renouvelable, attaché à l'emploi (un changement d'employeur déclenche une mise à jour mais pas un renouvellement).

    L'impôt à la source est prélevé directement par l'employeur et reversé à l'Administration cantonale tessinoise (DDC). Le frontalier reçoit une attestation annuelle (Lohnausweis / certificato di salario) à utiliser pour la déclaration italienne. Conserver ces attestations 10 ans : elles seront demandées par l'Agenzia delle Entrate en cas de contrôle.

    Aucune déclaration cantonale tessinoise n'est requise pour le frontalier nouveau régime, sauf en cas de revenus annexes en Suisse (immobilier, indépendant, dividendes) qui dépassent les seuils prévus. L'employeur s'occupe de tout le côté suisse.

    • Permis G demandé par employeur dans 14 jours
    • Délivré par Ufficio della migrazione, Bellinzona
    • Validité 5 ans renouvelable
    • IS retenu par employeur, attestation annuelle obligatoire
    • Pas de déclaration cantonale sauf revenus annexes CH

    Démarches pratiques côté Italie

    Le frontalier italien doit déposer chaque année le modèle Redditi PF (équivalent de la déclaration française) auprès de l'Agenzia delle Entrate, avant le 30 novembre de l'année N+1. Y inscrire le revenu suisse converti en euros (taux moyen Banca d'Italia ou taux de la fiche de salaire mensuelle, au choix), et joindre l'attestation cantonale d'impôt à la source pour bénéficier du crédit d'impôt.

    L'IRPEF italien est calculé sur l'ensemble des revenus mondiaux (worldwide taxation) avec déduction du crédit d'impôt suisse. Les addizionale comunale et regionale s'ajoutent (1,23 % à 3,33 % selon la commune lombarde). Les contributions de sécurité sociale italienne ne s'appliquent pas (le frontalier reste affilié à l'AVS suisse), mais les contributions au fonds santé italien (SSN) peuvent être dues si le frontalier choisit l'affiliation italienne (option à exercer dans les 3 mois suivant la prise de poste).

    Pour la santé, le frontalier nouveau régime peut choisir entre : (1) LAMal suisse (assurance privée obligatoire en CH, ~400-500 CHF/mois), (2) SSN italien (option lavoratore frontaliere, ~7,5 % du revenu plafonné), ou (3) double affiliation conventionnelle. La SSN est généralement la moins coûteuse pour les bas revenus, la LAMal pour les hauts revenus.

    • Déclaration : modèle Redditi PF, échéance 30 novembre N+1
    • Revenus mondiaux à déclarer (worldwide)
    • Crédit d'impôt CH déductible sur IRPEF
    • Addizionale comunale/regionale : 1,23-3,33 %
    • Choix santé : LAMal vs SSN vs double affiliation
    💡

    Les frontaliers nouveaux régime ont droit à un commercialista spécialisé (souvent à Côme, Varese ou Lugano-IT) qui maîtrise le double système. Honoraires 600 à 1 200 EUR/an. Économie d'impôt potentielle : 1 500 à 4 000 EUR/an grâce à l'optimisation des déductions familiales et professionnelles.

    Évolutions à surveiller : 2026 et après

    L'accord 2024 prévoit une clause de revue tous les cinq ans. La première revue est prévue en 2029 et portera sur l'équilibre financier (compensations, rétrocessions) et la définition du télétravail frontalier. Aujourd'hui, le télétravail à domicile italien est limité à 25 % du temps de travail (40 % par dérogation jusqu'à fin 2025, à confirmer pour 2026) sans rupture de l'affiliation suisse.

    Côté politique italienne, des discussions sont en cours pour étendre le régime 80/20 à d'autres cantons frontaliers (Vaud notamment, où il existe une petite communauté de frontaliers italiens via Saint-Maurice et Lavey). Aucun élargissement officiel pour 2026.

    Pour les Italiens en projet d'embauche au Tessin, l'arbitrage 2026 reste favorable mais nécessite un calcul personnalisé. Le bénéfice net du frontaliérat tessinois reste réel pour les profils techniques et qualifiés (ingénieurs, IT, finance) mais s'érode pour les profils intermédiaires sans charges familiales. À grade et brut équivalent, comparer un emploi à Lugano avec un emploi à Milan reste pertinent.

    Conclusion

    Le nouvel accord italo-suisse 2024 redistribue les cartes pour les frontaliers tessinois. Anciens frontaliers : aucun changement, restez en poste sans interruption. Nouveaux frontaliers : régime 80/20 avec IRPEF italien sur 100 % et crédit d'impôt suisse, baisse de net de 6 à 20 % selon situation familiale. Les démarches sont gérables mais imposent une déclaration italienne annuelle et un choix santé éclairé. Avant toute signature, faites tourner une simulation chiffrée intégrant cantons, IRPEF, et statut familial — l'écart entre régime ancien et nouveau dépasse souvent 8 000 CHF par an.

    Questions fréquentes

    Qu'est-ce que le nouvel accord fiscal frontalier Suisse-Italie de 2024 ?+
    L'accord du 23 décembre 2020 entre la Suisse et l'Italie, entré pleinement en vigueur en 2024, modifie radicalement la fiscalité des frontaliers. Les 'nouveaux frontaliers' (ayant commencé après le 17 juillet 2023) sont imposés à 80% en Suisse et 20% en Italie. Les 'anciens frontaliers' (avant le 17 juillet 2023) gardent le régime précédent (imposition uniquement en Italie). Cette réforme vise à mieux partager les recettes fiscales entre les deux pays.
    L'accord 2024 Suisse-Italie s'applique-t-il uniquement au Tessin ?+
    Oui, dans les faits. L'accord de 2024 sur les nouveaux frontaliers s'applique aux cantons des Grisons, du Valais et du Tessin côté suisse, et aux communes italiennes de la zone frontalière définie (Lombardie, Piémont, Val d'Aoste). La grande majorité des frontaliers italo-suisses travaillent au Tessin, principalement à Lugano, Bellinzona et Mendrisio.
    Comment déclarer ses revenus en tant que nouveau frontalier italo-suisse depuis 2024 ?+
    Depuis 2024, en tant que nouveau frontalier italo-suisse, vous devez : déclarer vos revenus suisses en Italie (déclaration annuelle), l'impôt suisse à la source (prélevé par l'employeur) est créditée à 80%, et vous réglez 20% à l'Italie. En pratique, votre employeur suisse prélève l'impôt source habituel, et vous faites une déclaration supplémentaire en Italie. Faites appel à un CAF ou commercialiste spécialisé frontalier pour éviter les erreurs.

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